« 27 septembre 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 155-156], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1485, page consultée le 03 mai 2026.
Caudebec, 27 septembre 1846, 8 h. du matin
Bonjour mon cher bien-aimé, bonjour mon Victor adoré, bonjour, comment vas-tu ? Comment as-tu trouvé ta femme et ta fille ? J’espère que tes coliques se sont apaiséesa et que tu ne t’en ressens plus ? Le temps cependant n’est pas favorable à ce genre d’indisposition et je t’engage à être bien prudent et à ne pas sortir dans l’humidité. Quant à moi, je vois avec terreur le temps gris d’une manière inquiétante pour notre rendez-vous de tantôt. Cependant il faudra qu’il fasse bien mauvais pour que je n’essaye pas d’y aller. Afin de ménager la seule et unique paireb de bas de rechange qui me reste je n’irai pas à la messe à 10 h. Je me suis couchée hier à 8 h. ½ en désespoir de cause et je me suis réveillée ce matin à 9 h. ½. Depuis il m’a été impossible de dormir quoique je sois restée au lit jusqu’à dix heures. Je ne m’en plains pas puisque cela m’a donné plus de temps pour penser à toi. Cher adoré, mon Victor bien-aimé, qu’as-tu fait de la journée et de la soirée, toi ? As-tu un peu pensé à moi ? As-tu trouvé les heures bien longues loin de moi ? Je suis folle de te demander cela car il est impossible que tu éprouves le même ennui, la même impatience que moi séparée de toi puisque tu es avec des personnes que tu aimes et qui te plaisent. Je ne veux pas être méchante ni jalouse, ce n’est pas le moment, aussi je n’ajoute rien à ce paragraphe passablement ragnagna. Je t’aime, j’espère te voir tantôt et j’attends demain avec rage.
Juliette
a « appaisées ».
b « pair ».
« 27 septembre 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 157-158], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1485, page consultée le 03 mai 2026.
27 septembre [1846], dimanche soir, 7 h. ¾, Caudebec
Cher bien-aimé, je ne veux pas me coucher avant de t’avoir dit bonsoir du fond du
cœur et baiser du fond de l’âme. Je suis rentrée à 5 h. ½, j’ai mis mes affaires en
ordre avec le peu de jour qui restait. Et puis au moment où j’allais t’écrire, la
servante est venue me dire que le dîner était prêt. Je n’ai pas voulu attendre jusqu’à
l’heure convenue parce que j’ai vu que cela contrarierait l’aubergiste et qu’en somme
j’en serais pour un dîner froid et de la mauvaise humeur. Aussi j’ai gobé mon dîner
à
6 h. Décidément la cuisine est médiocre. J’ai cependant gardé un peu de poulet
dura pour demain matin, espérant que
tu voudras bien m’aider à le manger. Tout à l’heure j’ai eu le spectacle de l’arrivée
de la diligence qui était encore plus pleine que vendredi je crois. La moitié de tout
ce monde est repartie tout de suite en [illis.] pour Lillebonne où je voudrais bien être
avec vous dans ce moment-ci, quitte à ne pas me coucher toute seule dans un quart
d’heure comme une pauvre abandonnée que je suis. Vous voyez que j’ai des idées et
que
je saurais très bien ce qui me convient si j’avais le choix. Hélas ! voilà justement
ce qui me manque : le choix. Il faut que je me résigne le
plus souvent et que je fasse de nécessité vertu. Ceci soit dit sans reproche, mon
cher
amour, et seulement pour constater que je suis une pauvre Juju bien triste et bien isolée dès que vous me
manquez.
Tu feras bien de te coucher de bonne heure ce soir, mon Toto chéri, afin
de n’être pas trop fatigué demain. Le Nain jaune1 peut bien se coucher de bonne heure pour une
fois. Bonsoir cher adoré, dormez bien et pensez à moi en rêve. Je vous adore.
Juliette
1 Victor Hugo écrit à sa femme Adèle le 23 septembre 1846 : « Minuit. Nous avons passé la soirée à jouer au Nain jaune. Charles et Toto ont été très gais et ont gagné 4 francs. » Le Nain jaune, est un jeu de cartes utilisant un tableau composé de cinq cases.
a « dure ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
